Éditorial

Terre !!!

Les Juifs ont-ils besoin d’une terre, alors qu’ils sont le peuple de l’interprétation du Livre ? Peut-on interpréter le Livre sans la terre que ce même Livre attribue au peuple d’Israël ?

Telle est la thématique de ce quatrième numéro.

Nous vous invitons à partager avec nous cette petite promenade aller-retour qui va du Livre à la terre d’Israël et inversement. Si la promenade vous intéresse, il ne tient qu’à vous de la prolonger. Il y a matière. Mais que votre promenade soit courte ou longue, une chose est certaine, vous n’y trouverez aucune image, aucun monument, aucune statue… en un mot aucune idole.

Vous aborderez de plein pied les tensions entre le projet divin qui justifie éthiquement le don de la terre au peuple hébreu et sa réalisation.

Et là, les questions se bousculent : la terre a-t-elle des propriétaires ? La propriété de la terre est-elle liée au sang ? Quel rôle joue-t-elle dans la relation entre la Transcendance et l’humain ? Comment gérer la contradiction objective entre un projet divin éthique et universel d’une part et une terre nécessairement particulière ? Comment comprendre la relation entre ses habitants d’un moment et ceux qui sont appelés à s’y installer ? La guerre est-elle inévitable ? Les héritiers de la terre d’Israël sont-ils dignes de leur héritage ? Qu’en attendent-ils pour eux-mêmes et pour les autres ? Et que peuvent en attendre les autres peuples ?…

Comme vous le constatez, les questions les plus difficiles se bousculent et nous ne prétendons aucunement y répondre. Nous nous contentons de vous proposer des outils que nous souhaitons utiles pour votre réflexion.

Quels sont ces outils ? Nous les trouvons, bien entretenus, aiguisés par des siècles et des siècles de commentaires dans les textes de référence du judaïsme. Nos articles de la rubrique “Réfléchissons” s’efforcent d’en mettre quelques-uns à votre disposition. Avraham, confronté à sa quatrième épreuve, nous fera vivre dans sa chair la dualité contradictoire entre terre donnée (Canaan) et terre d’exil (Egypte). Il inaugure ainsi la longue histoire du peuple juif et ses relations compliquées avec les Nations.

Mais au-delà de toute réflexion, l’espoir est une clé fondamentale, indispensable pour comprendre la tradition juive. Dans cette même rubrique, le rabbin Daniel Knafo de Boulogne Billancourt nous fait l’immense honneur de nous offrir un article inédit pour le comprendre. Les fêtes juives y contribuent aussi activement “Au fil du temps” comme le montrent nos articles sur “Ticha Béav”, “Roch hachana” et “Yom Kippour”.

Cette espérance visant à tenir l’équilibre entre le ciel et la terre, entre l’idéal et le réel nécessite d’être toujours en mouvement. C’est un travail de funambule ou de cycliste. La lettre “guimel “ illustrée et commentée par notre calligraphe Claire Marin nous convie à le mettre en œuvre dans la rubrique “Arts et littérature”. C’est aussi dans cette problématique que nous amorcerons ici un débat sur la pièce “Jérusalem” d’Ismaël Saidi.

Enfin, pour avancer dans notre réflexion, nous proposons aussi les outils de l’histoire, qu’elle soit ancienne, ou plus récentedans notre rubrique “Transmission ”.

Mais quelles que soient les opinions différentes sur tous ces sujets, une chose est certaine, l’apartheid est totalement étranger à toute la tradition juive comme à l’histoire d’Israël. Juifs et noirs ont connu le ghetto. La rubrique “antisémitisme” s’efforce de le démontrer.

Enfin, notre rubrique “Paroles en héritage” vous réserve toujours ses petites surprises.

Bonne promenade, bonne lecture.

Gérard Shmouel Feldman

Directeur de la publication.